Polémique émotionnelle autour du premier salon
de la «voyance»
Cinq professionnels des arts divinatoires ont
tenu salon pendant quatre jours à Courtételle
Jacques Houriet
Pressions sur la tenancière, contrôle policier
d’identité, menace contre l'organisateur: le premier
Salon des arts divinatoires, qui s'est tenu durant
quatre jours à la Croix-Blanche, à Courtételle,
n'est pas passé inaperçu.
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| David
Valente, président de l’Apad: «Le succès de
notre profession vient du fait que le gens
ne sont plus écoutés.» Photo Roger Meier |
David Valente, président de l’Apad (Association
professionnelle des arts divinatoires) à l’origine
de l’événement, affiche une demi-surprise devant ces
remous:
– «Je ne m’attendais pas à une telle réaction,
c’est une première. Peut-être avons-nous été un peu
provocateurs en utilisant le terme de «voyance». Les
protestations viennent de personnes qui parlent du
diable dès que quelque chose leur fait peur. Au
moins c’est un début de dialogue. Si les gens qui
dénoncent nos pratiques avaient une vraie
discussion avec nous, ils verraient que nous ne
sommes un danger pour personne.» Ouvert jeudi, ce
salon a fermé ses portes hier soir, comme prévu.
Après un début timide, il a connu une fréquentation
plus qu’honorable dès samedi, nous dit David Valente.
Dimanche en milieu d’après-midi, lorsque nous
l’avons rencontré, les cinq salons de consultation,
installés au premier étage du restaurant, étaient
tous occupés.
–On estime à quelque 500 personnes le
nombre de praticien(ne)s qui proposent leur art de
manière professionnelle. En quoi se distinguent-ils
des «amateurs»?
–«Ce n'est pas un critère absolu, il y a
d'excellents dilettantes. Les professionnels de
notre association adhèrent à une charte qui exclut
tout abus, tout dérapage. Nous dénoncerions
nous-mêmes un membre qui ne respecterait nos
engagements. Ce n’est pas encore jamais arrivé. La
différence c'est sans doute l'engagement et la
responsabilité. Si, après dix minutes de
consultation, le courant ne passe pas, on doit
rembourser. C'est notre pratique en tout cas.»
–Comment faire la différence?
– «Evitez ceux qui se disent Professeur, Docteur,
Marabout, Maître, Grand Voyant, Grand Marabout, et
autres Grand Médium, comme les noms à particules.
Sachez que le «retour d’affection» n’existe pas,
cela ne se peut pas. Fuyez des voyants qui vous
relancent en prétendant avoir des révélations à vous
faire, ce ne sont qu’escrocs et machines à fric,
abus de confiance, voire abus de faiblesse. Nous ne
devons en aucun cas favoriser une dépendance, au
contraire.»
–Que voit réellement un voyant?
–«Je n’aime pas ce terme: un voyant c'est Madame
Irma qui vous annonce le Prince charmant. Ça n'a
rien à voir. Notre rôle c'est de montrer un chemin
praticable dans un avenir possible. Nous n'avons
pas, nous ne pouvons pas avoir de certitudes. Nous
tentons de gagner notre vie en aidant les gens qui
en éprouvent le besoin.»
–Pour donner quelles solutions?
–«On n'a pas le droit d'entrer dans l'esprit
d’une personne, de l’influencer. Notre rôle, au
contraire, c'est de la rendre autonome. Même en
espaçant les rendez-vous qu'elle sollicite, au
besoin.»
–Que vient-on chercher?
–«D'abord une écoute, il faut l'admettre. Le
succès de notre profession vient du fait que les
gens ne sont plus écoutés, entendus. Nous sommes le
résultat d'un malaise social. Ils viennent chercher
des idées, des conseils. Nous agissons à la manière
d'un coach, d'un révélateur.»
–N’attend-on pas trop de vous?
–«Souvent, bien sûr. Beaucoup attendent qu'on
leur dise ce qu'ils veulent entendre, c'est une
tendance de la société que de vivre par procuration.
Ça ne sert à rien. Alors bien sûr, on peut repartir
déçu d'une consultation. Nous considérons avoir
réussi lorsque la personne, à l'issue de la
consultation, se pose les bonnes questions, ce qui
arrive tout de même une fois sur trois.»
–La divination: art, science, technique,
loisir?
–«C'est d'abord une curiosité, puis un loisir qui
peut devenir une passion. Elle est faite d'écoute,
de psychologie et de conseils.»
–Vous vendez des tarots, c'est donc un
art à la portée de tous? On s'achète un jeu et hop,
on devient savant de l'inconscient?
–«Tout le monde a le droit de s'instruire, de
s’informer, mais sans au moins un peu de foi en cet
art, le tarot ne nous parlera pas.»
–Quels sont vos rapports avec les
scientifiques?
–«Ça dépend des scientifiques. On ne se heurte
pas, parce que nous n'avons pas de certitudes. Et
puis, les scientifiques, à une époque, ont torturé
Galilée. Ils n'ont pas toutes les clés de la vérité
non plus.»
–Etes-vous croyant? Reviendrez-vous dans
le Jura?
–«Oui je suis croyant, oui je reviendrai dans le
Jura, sans doute pas dans un établissement public,
pour épargner des problèmes au tenancier. Mais il y
a incontestablement une demande. Et nous voulons
travailler à ciel ouvert, pas en catimini.»
Cartes sur table, si on ose dire...
www.apad.info
Avant la réponse, il doit y avoir une question
Lapalissade
David Valente nous explique: – «C'est toujours le
passé qui engendre les questions. Il faut que vous
ayez un problème, si vous voulez qu'on vous aide à
le résoudre. Pour être aidé, conseillé, il faut en
éprouver le besoin. Si vous ne vous posez pas de
réelles questions, alors il y a une bonne chance
pour que l'on se plante. Si tout va bien, vous
n'avez pas besoin de nous. Et c'est tant mieux pour
vous.»
«Secret»
Le Jura est le terreau du «secret». Le point de
vue de David Valente: – « Il n'y a pas de raisons de
se méfier du secret, il n'est utilisé que pour faire
le bien. Et c'est vrai que l'on peut intervenir sur
les énergies qui entourent une personne. Le
phénomène autosuggestif joue aussi un rôle.»
Chance
Une des dernières Euro-millionnaires suisses
(plusieurs dizaines de millions) était cliente d’un
membre de l’Apad, nous dit David Valente: – «Nous ne
lui avons pas indiqué les numéros gagnants, vous
pensez bien que si on les avait on les jouerait.
Mais notre collaboratrice l’a vue dans une période
de chance et lui a conseillé de jouer, à elle qui ne
le faisait jamais.»
A-t-elle été reconnaissante? – «Pas à ma
connaissance. Je crois qu’elle est aujourd’hui en
conflit financier avec son mari.»
On ne peut pas tout prévoir. (jh)
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